Cantal_Puy_Mary_11_22_08_2017

Cantal

Puy Mary

août 2017

 

    Un jour, J ean-Baptiste Grenouille, le type « qui ne pouvait pas se sentir », décida de fuir l'humanité et ses relents non pas sur une île déserte mais aux confins du Cantal.

       - Exactement comme toi quoi, s'extasia la Philosophe en me regardant déballer mes affaires. Je vis avec une aventurière récidiviste, qui tente deux fois l'ascension du Puy Mary en 15 jours et la réussit enfin contre vents et marées.

Je lui rappelai que dans le Cantal c'est surtout contre le vent et la pluie qu'il faut lutter, la problématique des marées n'étant pas encore d'actualité.

    - Bref, c'était comment ?

     Je me devais de ne pas la décevoir, raconter un sommet de 1700 mètres à un chien dont les ancêtres grattaiten la neige des hauts plateaux tibétains pour se faire une couche cela vous met d'un coup la barre très très haut.

    Je me tus un long moment et elle ne m'interrompit pas. Elle resta là, assise bien sagement au milieu de mon bazar de draps sales, de restes de nourriture et de chaussures de marche.

En fait, je n'ai rien à voir avec Jean-Baptiste Grenouille, je ne fuis rien, ni personne, je me cherche moi en me fondant dans la nature.

      - Mince ! s'exclama-t-elle brusquement alarmée, tu ne vas pas me la rejouer à la « Into the wild » ?

       A sa tête je suis sûre qu'un instant, elle m'avait imaginée en train de mourir de froid et de faim au fond de mon fourgon, mortellement empoisonnée par l'absorption massive et malencontreuse de veratrum qui ressemble comme deux gouttes d'eau à la gentiane jaune….

        Je secouai la tête, déjà que j'avais du mal, si en plus elle me coupait la parole toutes les cinq minutes.

       Le soleil venait de se lever et les montagnes émergeaient lentement de l'obscurité. « Sol y sombra ». Il n'y avait rien et puis soudain une crête explosait dans la lumière, puis une autre et encore un autre. Moi je montai doucement parce qu'on ne se bat pas avec une montagne, aussi petite soit-elle. Et puis, tu vas rigoler mais à 1500 mètres j'ai déjà la tête qui tourne et envie de vomir. Et à cet instant, je me détachai de quelque chose que je ne saurais nommer. J'eus l'impression que l'immense paysage m'absorbai toute entière et je ressentis la formidable énergie de ces lieux qui intimait au silence et à la méditation.

       - Et, c'est tout ? demanda-t-elle, vaguement déçue.

        - Non, je me mis à pleurer.